Ce soir là la lune était pleine...
Un halo magnifique l'enveloppait, comme de grands bras à la fois protecteurs et accueillants.
Ce soir là la neige et le froid faisaient clignoter les étoiles et les cristaux.
...ce soir là le boulanger paysan avait ouvert son four à celles et ceux qui avaient l'envie de partager.
Partager ce qu'ils avaient cuisiné et qui achèverait de cuire dans le grand four avec ce que les un(e)s et les autres avaient imaginé d'offrir.
Partager aussi avec ce que les conteurs ce soir-là poseraient sur la table commune.
En cette nuit de solstice la parole contée a pris sa place, toute naturellement. Sans artifice, juste. Avec toute sa profondeur au travers des deux humains (1) qui avaient choisi de la porter, choisi de se laisser traverser par cette parole immémoriale.
Sous la lune aux bras grands ouverts les coeurs l'étaient tout autant. Quand il fut question de reprendre la route, (le lendemain la parole serait posée dans d'autres oreilles et fort loin de là!) nous avons eu droit à un carton rempli de bonnes choses: pain, brioche, épeautre, huile, miel...tout venant de la ferme et en bio bien entendu!
Il y avait, cette nuit de solstice, le goût délicieux de la solidarité et de l'échange profond, unité simple dans l'univers.
(1) Béa Campagnoli et Patric Rochedy
Toujours en voyage! De chemins de montagne en criques tranlucides je pose ma parole contée chez ceux qui veulent bien m'accompagner au cours de mes pérégrinations. Des balades contées (seul ou en compagnie de Baptiste Rochedy-Maltese, accompagnateur en moyenne montagne aux conteries en veillées chez vous ou en salles c'est comme vous voulez! Vous êtes les bienvenus!!
dimanche 26 décembre 2010
Eh bien voilà!
Après "Tajpacha, Carnet de Voyage en pays Aymara" déjà disponible par commande
dès la mi-janvier le livre de contes intitulé :
"Le Meneur de loups et autres contes", une bonne centaine de pages de contes anciens récoltés ça et là (transmission orale familiale, échange entre conteurs etc) et transcris avec ma parole de conteur.
prix de vente: 12 euros de la main à la main ou bien 15 euros par envoi postal jusqu'à la mi-janvier.
pour toute commande des deux livres : 20 euros/ 25 avec envoi postal
dimanche 26 septembre 2010
lundi 30 août 2010
Opaa Opaaa ....
Bonjour ! Latcho Dives !
Voici une pétition OPRE ROMA ( Debout les Roms)
A signer et faire signer et n'oubliez pas d'aller manifester le 4 septembre contre cette politique de la haine et de l'exclusion!!
Ainsi que le 7, pour une autre vie politique (s'occuper des affaires de la cité!)
mardi 17 août 2010
Et voilà!
La 4ème Marche des Conteurs s'est achevée dans l'euphorie.
Retours à la réalité du quotidien pas toujours simple après des jours de marche, rencontre, échanges aussi denses.
Entre les accueillants d'une énorme générosité, au sens de l'hospitalité profond et les fadas rieurs au coeur grand ouvert que nous étions ce fut comme un feu d'artifice.
Avec ce qui se passe autour de nous, avec ce gouvernement qui ne règne que par la haine de l'autre il est bon de rencontrer ceux et celles qui se battent au quotidien pour faire vivre un monde véritablement civilisé. Chacun a été réconforté et nourri par la présence de l'autre.
La vie suit son cours, par la main tendue au delà des couleurs de peau, de la façon de penser le monde et de l'avancée technologique.
Plus que jamais nous devons faire barrage à l'exclusion, à la société où l'argent règle le quotidien.
La Marche des conteurs a les troubadours et les bergers comme parrains et ce n'est pas pour rien. Allez sur le site de la Marche des Conteurs et relisez ces textes qui nous parlent encore et mettons en pratique au quotidien nos refus de l'injustice en construisant partout des solidarités sans exclusive.
vendredi 9 juillet 2010
J'avais commencé de vous raconter comment j'étais devenu conteur...
A l'époque où se passe l'histoire suivante j'étais tout jeune conteur, en recherche de ma parole profonde...
La Mamet et les Arabes
La Mamet et les Arabes
J'aime bien conter dans ces soirées de village où les gens du pays sont là, parfois plus par habitude et plaisir de se retrouver à boire des coups ensemble, que pour écouter particulièrement le conte, la conférence ou le groupe de musique.
J'avais raconté les histoires, les contes qui me tenaient à cœur devant une cinquantaine de vieux et plus jeunes qui, bien qu'accoudés pour une partie à la buvette quand j'étais arrivé, avaient assez vite fait silence sans que l'on soit obligé de le leur demander.
C'était une soirée tranquille de fin d'été. La plupart des touristes étaient déjà repartis et le village reprenait à nouveau sa vie de famille. Je sentais qu'ils étaient entre eux et pas mécontents de l'être à nouveau même si bientôt les querelles et vieilles habitudes tristounettes reprendraient leur chansonnette.
Mais ce soir là c'était l'occasion d'un petit plaisir avant les vendanges que l'on faisait ici en famille et avec les quelques habitués qui venaient aider depuis des années.
Les contes évaporés dans l'air du temps on est passé à l'apéro et au repas. Les longues tables avaient été installées sous le préau de l'école et les tilleuls soigneusement taillés lors de la récolte, au début de l'été.
Bien sûr tous se sont groupés par affinité et c'est avec les organisateurs que je me suis trouvé assis.
Le vin était bon, le repas plantureux et joyeux et mes voisins curieux ont voulu savoir qui j'étais, d'où je venais ce que faisaient mes parents etc etc. j'ai eu aussi droit à quelques histoires du pays avec les précautions d'usage «oh je raconte pas aussi bien que vous mais écoutez voir...».
Bref, une superbe soirée.
Et puis avant de se séparer comme j'étais en compagnie de ceux qui m'avaient invité une mamet s'est approchée. Je l'avais observée dans la cour, une vieille femme avec le sac à main qu'elle tenait à deux mains comme pour se rassurer. Elle a profité du moment où je tournais la tête vers elle pour glisser sa demande:
«Dites, Monsieur le conteur, le conte que vous avez raconté là, ce soir, il vient de quel pays?»
Je lui ai dit que c'était un conte de la méditerranée; je crois. Elle a hoché la tête, semblant satisfaite, et j'ai poursuivi ma conversation.
Mais en fait la mamet était toujours là comme si elle avait autre chose à dire ou demander. Je me suis retourné vers elle et pour la deuxième fois elle a fait un pas et:
«Mais de quel pays, dans la méditerranée?»
Je lui ai répondu que c'était le Liban.
Encore une fois elle a semblé se satisfaire et je crois qu'elle a du à ce moment là tâcher de poser le Liban sur sa propre carte de la méditerranée. Et quand ce fut fait, moi qui la guettais du coin de l'œil, je l'ai vu espérer le moment propice pour sa remarque suivante.
Je me suis retourné vers elle et elle m'a dit :
«Le Liban, c'est des arabes?!»
Et là, quand on me pique sur ce sujet je réagis.
Voulant couper court à la dérive raciste possible j'ai répondu d'un ton peut-être un peu sec:
«oui, Madame, c'est des Arabes!»
«Alors» a-t-elle ajouté «s'ils racontent des choses comme ça je vais les regarder autrement!»
Et elle est partie.
Après ça, vous raconteriez n'importe quoi?
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